NOUVELLE RÉALITÉ - 2

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Être concerné

1271 Plénitude

1271 Plénitude

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On parlait l’autre soir de l’information et des émissions d’actualité, dont on peut douter de l’objectivité. Mais Virginie disait que c’est important d’être informé, qu’on devait être concerné par ce qui se passe dans le monde. Mais est-ce qu’être informé veut dire être concerné ? Je ne trouve pas qu’on est concerné tant qu’on n’intervient pas dans un événement, tant qu’on ne fait rien pour changer une situation ou améliorer les misères des gens. Ceux qui regardent la télévision ou lisent les journaux ne font que se divertir en regardant les malheurs des autres, ils éprouvent des émotions sur des faits réels, comme ils en éprouvent sur des faits fictifs en allant au cinéma. Ils vont au spectacle, c’est tout, et plus il est horrible, plus ils sont contents. Ils frémissent devant le sang, et versent une larme lors d’un mariage princier. C’est le marché de l’émotion, mais on ne peut pas appeler ça être concerné. On vient d’apprendre qu’ils vont installer la télévision à Wallis et Futuna. Les derniers endroits encore épargnés par ce fléau ne vont pas tarder à disparaître.

Quelle est la différence entre la réalité et la fiction ? Les livres sont mieux écrits que les journaux, et les films mieux tournés que les reportages de télévision, mais la matière est la même : ce sont les comportements et les sentiments humains. Toute fiction n’est qu’un reflet ou un souvenir de la réalité, et tout ce que l’esprit de l’homme peut imaginer est en lui, dans sa nature, donc plausible. Les catastrophes qui se produisent, comme celle de la centrale nucléaire russe, ont toutes déjà été imaginées, et même simulées. Et au cinéma, qui peut voir la différence entre le sang et le mercurochrome ? Les trucages sont souvent même plus vrais que la réalité. Mais pourtant, pour les gens, le réel a quand même un petit attrait de plus que la fiction, même si la qualité du texte et de l’image est nettement moins bonne. Ils ont davantage l’impression de participer à l’événement, mais à distance et sans prendre de risque. C’est bien la tendance actuelle, la façon d’être concerné par l’actualité, comme les gens qui poussent des cris devant leur téléviseur pour encourager leur équipe de football favorite. Une autre conséquence de l’information est la culture de masse. Tout le monde a les mêmes connaissances, les mêmes émotions, les mêmes idées, et ils ont tous l’impression de participer aux mêmes événements. La prochaine guerre, ils la feront devant leur petit écran, et après, ils pourront dire qu’ils y étaient, et comparer leurs traumatismes psychiques d’anciens combattants concernés. 

 

4 mai 1986, Faaa (Tahiti)

Being concerned

The other night, we were talking about news coverage and current affairs programs, the objectivity of which is open to question. Virginie argued that it is important to be informed, that we ought to be concerned about what is happening in the world. But does being informed mean being concerned? I do not feel we are truly concerned unless we intervene in an event, unless we do something to change a situation or alleviate people's suffering. Those who watch television or read newspapers are merely entertaining themselves by observing the misfortunes of others; they experience emotions over real events just as they do over fictional ones at the movies. They are watching a spectacle, nothing more, and the more horrific it is, the more pleased they are. They shudder at the sight of blood and shed a tear at a royal wedding. It is the emotion market, but you cannot call that being concerned. We have just learned that television is being introduced in Wallis and Futuna. The last places still spared by this scourge will soon disappear.

What is the difference between reality and fiction? Books are better written than newspapers, and films better shot than television reports, yet the subject matter is the same: human behaviour and feelings. All fiction is merely a reflection or a memory of reality, and everything the human mind can imagine lies within it, within human nature, and is therefore plausible. The catastrophes that occur, such as the one at the Russian nuclear power plant, have all already been imagined, and even simulated. And at the movies, who can tell the difference between blood and Mercurochrome? Special effects often look more real than reality itself. Yet, for people, reality still holds a certain appeal that fiction lacks, even if the quality of the writing and the visuals is far inferior. They feel more like participants in the event, yet they remain at a distance and take no risks. This is indeed the current trend, a way of being concerned with current affairs akin to people shouting at their television sets to cheer on their favourite football team. Another consequence of the information age is mass culture. Everyone shares the same knowledge, emotions, and ideas, and everyone feels they are participating in the same events. They will fight the next war in front of their screens, and afterwards, they will be able to claim they were there and compare their psychological trauma of concerned veterans.

May 4, 1986, Faaa (Tahiti)

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